Des orvets, des chouettes, des veaux, un cochon et… des abeilles !

Ses mains ressemblent aux mains du père Gonny, il se meut avec une certaine lenteur, caractéristique du grand-père Marseault. Non qu’il soit lent ou ramolli, c’est juste cette sorte de lenteur qui me fait penser aux vaches et taureaux, la puissance n’a pas besoin d’éclat pour exister, elle est simplement là. Né dans le signe des Gémeaux, il a pourtant tout du natif du Taureau, un attachement certain au travail de la terre, un enracinement profond et surtout à la fois, la puissance de travail des bovins et la vélocité des vachettes. Ne vous y laissez pas prendre, il n’a de lent que l’apparence !

C’est un éleveur-né. Quand il était petit, il avait des orvets dans ses poches (et j’en avais, bien sûr, peur !). Un jour, il a trouvé une chouette qu’il a nourrie pendant quelques temps : il la trimballait à l’arrière de sa mobylette bleue. Il a élevé des veaux pendant un temps dans des exploitations agricoles et puis je crois que cette forme d’élevage à la piquouze d’antibiotiques et dans le noir pour que la viande soit blanche a fini par lui peser. Il a choisi autre chose et s’est arrangé avec ses choix.  Le jour où Dudu a offert un petit cochon à Bibine, pour ses 40 ans, je crois que je n’ai jamais vu rire Michel avec autant d’éclat. Ca a fait beaucoup moins rire Bibine, je dois le reconnaître ! Maintenant, il élève… des abeilles, fallait bien qu’il y revienne !

Rebelle… c’est en quelque sorte ce qu’on lui a toujours reproché : désobéissant, vindicatif, moqueur, bref, un emmerdeur de première !

Tout petit déjà, il s’y entendait pour énerver le père et la mère : des niches et des rires camouflés avec Marie-Jo, ce qui avait le don d’agacer les parents et qui se finissait soit par un enfermement du garnement, sans même du pain sec (mais la Marie-Jo s’arrangeait pour lui faire passer un bout de fromage !), soit par une raclée maison, genre douche froide ou porte de chambre démontée pour chopper ledit garnement, quand il fut plus grand.

Faut dire que la discipline –enfin, l’idée que les parents s’en faisaient- tentait de régner dans cette maison emplie de 7 gosses de 10 à 0 an  (quand je suis née, François avait à peine 10 ans) et la discipline, ça ne faisait pas marrer Michel, 6ème dans l’ordre des naissances. Rétif, on peut le dire ! Il était de ces enfants « insupportables » parce que toujours désobéissants ; la moindre connerie, c’était pour lui ou de lui. Et plus ça se terminait mal, plus il en faisait. Et plus on lui faisait mal, plus il savait montrer combien il était le plus fort. Un cercle des plus vicieux. Heureusement, un jour il n’a plus eu rien à prouver à personne : il s’est fait confiance et la guerre a cessé.

Moi, j’avais peur de lui : d’abord, il était bien plus fort que moi (avec 4 ans de plus quand même…) et s’il décidait de me fiche une volée, je n’avais pas les moyens de m’en défendre. Alors je ne la ramenais pas, ma fraise ! Et puis un jour, j’ai pris conscience que lui aussi, tout rebelle qu’il était, il y avait des choses qui le touchaient. Je me rappelle comme j’ai été étonnée. Pour moi, il avait toujours été cet être omnipotent et dominateur et je n’avais jamais -ne serait-ce qu’envisagé- qu’il pouvait y avoir de l’émotion dans le gamin. Un jour, donc, voilà qu’il me dit : « viens écouter, c’est une chanson extra ». Il me semble me souvenir que c’était Tom Jones le chanteur et la chanson peut-être « she’s a lady » ou « delilah ». (Si ça se trouve, j’ai complètement mélangé, mais je me souviens qu’il m’a fait écouter ce 45 tours à l’époque ou qu’on l’a entendue à la radio, peut-être qu’il va s’en rappeler ?). Par contre, ce dont je me souviens bien, c’est que tout à coup, pour lui, j’existais en tant que personne digne d’écouter ce qu’il aimait. D’un seul coup, j’ai grandi et je n’ai plus eu peur de lui. Sans pour autant avoir la connivence qu’il avait avec Marie-Jo, on est devenus plutôt copains. Quand il a eu une voiture, il m’a emmenée voir mes potes. Même une fois, il est venu avec ses copains pour fêter mon anniversaire, je devais avoir 15 ans. Dans ses copains, il y avait le beau Serge. (on se demande pourquoi les Serge seraient toujours beaux !) Mais le Serge, il me plaisait bien. Faut dire qu’il plaisait aussi à un tas de filles… Mais grâce à mon frère, on est devenus copains avec le beau Serge, il m’a appris à danser et j’ai passé des soirées à danser des rocks endiablés avec lui. Rhoooo… que c’est un bon souvenir !

Et puis, il a vécu sa vie et moi la mienne et on ne s’est pas vus ni parlé pendant quelques années. Dudu et moi, on s’est installés à Blois et, dans le temps de sa rupture de mariage, il s’est mis à venir nous voir plus souvent. Un soir pas comme les autres, voilà que nous allons au cinéma, lui, Dudu, Pascale je crois et moi. On allait voir « E.T. » Pourquoi est-ce qu’on a invité Françoise ? Toujours est-il qu’E.T. a bien téléphone maison entre le Mimi et la Bibine ! Ca me fait encore rire quand elle me traite d’entremetteuse ! Il n’y avait pas un brin de malice en moi et je n’allais pas me mêler de ce qui ne me regardait pas, m’enfin, présenter une copine d’école à mon frère et que ça marche entre eux, ça c’était d’la balle ! Totalement inattendu ! Juste la preuve, s’il me l’avait fallu, que ce gars-là avait quelque chose dans le cœur.

On a passé des années à se voir souvent, à aller en vacances ensemble, nos enfants ont grandi en même temps et puis chacun a vaqué à sa vie et nos liens se sont distendus, plus ou moins. Surtout pendant les 11 années pendant lesquelles Marie-Jo et moi nous étions fâchées. Et puis, petit à petit, la détente est revenue entre nous tous. Des choses ont été dites, d’autres non-dites sans doute, mais nous nous sommes retrouvés : il est (sa famille, en fait) la première personne que je suis allée voir le jour où j’ai osé user de ma liberté de mouvement. Je suis heureuse de pouvoir le rencontrer avec bonheur, lui ainsi que sa famille et c’est très bien comme ça.

Alors, je ne sais plus s’il a 61 ou 62 ans cette année mais je voulais lui souhaiter une belle journée d’anniversaire et pour qu’il se rappelle, si besoin, comme il a été un joli petit garçon, puis comme il est un bel homme, désormais, même un peu mûr, j’ai concocté cet album. C’est pour toi, Mimi, avec… mon affection.

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Joyeux anniversaire !

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3 réponses à Des orvets, des chouettes, des veaux, un cochon et… des abeilles !

  1. francois dit :

    Pour moi, Michel est né en 1953, ça doit donc être 61 ans, qu’il a aujourd’hui.
    De toute façon, tu as fait un album de 61 photos, alors…!!!

  2. Minelle dit :

    ah ben voui ! t’as raison, 61 photos c’est tombé pile poil en face ! les années passant, ça risque de se compliquer de réunir le nombre de photos de vos âges… et les anecdotes qu’on n’a pas déjà ressassées aussi !

  3. mariejo dit :

    Que vivent les anecdotes et qu’on puisse se les raconter de vive voix maintes fois avant que le premier de nous disparaisse. La présence et le réconfort aussi lors des moments douloureux que chacun a connu. Les années passent et la technologie nous rapproche. J’ai hâte de faire une bataille de polochons (sauf que faudra veiller à ne pas casser nos lunettes!!!). Et Michel, tu es ce que j’appelle un mec qui vieillit bien. Many happy returns (c.-à-d. je te souhaite une vie longue et sereine).

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