Gros Bi

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Quand il était petit, on l’appelait parfois comme ça, Gros Bi, parce qu’il avait bonne mine ou parce qu’il était un peu rondouillard, la bouille ronde ? Je ne sais pas. En tout cas, je crois qu’il était assez du genre « joyeux drille ». Sur les quelques photos que j’ai vues de lorsqu’il était enfant, il rigole tout le temps.

L’histoire la plus célèbre concernant Jean-Marie, c’est celle-ci : il avait entrepris de couper une branche du tilleul qu’il y avait à l’époque dans la cour devant la maison. Trop petit, le voilà qui grimpe sur une caisse à asperges courtes (une caisse en bois assez étroite mais longue ce qui en faisait un tabouret pas très sécure…) pour pouvoir scier cette fameuse branche. Comme la scie demandait tout de même des efforts pour entamer la branche, le voilà qui prend appui sur l’arbre, pour développer davantage de forces. La chute de l’histoire, c’est qu’il s’était accroché à la branche qu’il sciait… et la cabane tomba su’l chien !

Je me demande s’il n’a pas participé assi à une partie d’accrochage à une poutre de la grange, en compagnie de François. Toujours est-il que cet épisode-là est aussi, familialement, célèbre ! Un ou deux gamins de 2 ou 3 ans, accrochés à une poutre de grange parce qu’ils faisaient les singes sur ladite poutre et s’apprêtaient à tomber d’une hauteur genre 3 ou 4 m. A l’échelle d’enfants, c’est beaucoup ! Heureusement, Papa était arrivé à temps pour le(s) décrocher. Maman racontait souvent que c’est une des rares fois où elle a vu Guy pleurer, de peur rétroactive et de soulagement. Je parie même qu’il(s) n’a(ont) même pas été punis. Pfeu… pô juste !

Jean-Marie a ramené son prénom à l’expression la plus simple : il a fait sauter le fameux Marie dont pratiquement toute la fratrie a été affublée : Pierre-Marie, Paul-Marie, Marie-Josèphe, Marie-Emmanuelle, Claire-Marie… Seuls François, Michel et Pascale y ont échappé. Ils ont quand même écopé des noms de quelques saints : Régis, Dominique, Anne… Ainsi Jean-Marie signe-t-il fréquemment Jean maintenant. C’est un peu difficile de s’y habituer, mais je fais des efforts parce que moi-même j’ai raccourci mon prénom quand les inventeurs ont disparu. A l’inverse de tout le monde, j’ai gardé le Marie ! Mais pour la famille, le diminutif marche encore et ne me dérange pas.

Jean, donc, je respecte ainsi son vœu, était tout de même un garçon plein d’humour, complice de toutes les âneries avec François et le cousin Jean-Luc (entre autres) : n’allaient-ils pas à la chasse aux serpents pour faire peur à Denise (maman de Jean-Luc). Ils mettaient les serpents dans des boites en fer avec des trous pour qu’ils respirent et posaient la boite à la maison. Il parait que les femmes poussaient des cris qui, naturellement, faisaient mourir de rire les garnements.

Pour une raison qu’il nous racontera peut-être, un jour la chienne du père Gonny, Diane, est tombée dans le Cosson glacé. Jean l’aurait récupérée au péril… de ses fesses car son pantalon trempé –mais la chienne sauve- a dû sécher sur le mirus dans la chambre des parents et il ne fallait pas qu’ils le sachent. Je suppose, si j’ai bien compris l’histoire, qu’il y avait eu un réel danger dont il n’a pas voulu se vanter.

Le père allant à la chasse, les garçons aînés ont été pris aussi par le virus tout petits. Jean y va toujours, d’ailleurs. Je n’ai pas l’impression que l’important soit de tuer du gibier mais bien plutôt la balade dans le froid, la neige et peut-être le silence relatif de la forêt et de la montagne. Toujours est-il que pour chasser quand il était petit, il fabriquait des lance-pierres avec les contreforts de chaussures et les caoutchoucs de bocaux de maman, et les plombs étaient arrachés au filet de papa qui était au grenier. Comme la chasse ne suffisait pas, la pêche avec des arcs à partir du pont du Cosson avait aussi son adepte.

L’homme de Cromagnon vivait, paraît-il de chasse et de pêche : la preuve ? Jean aussi vivait de chasse et de pêche et il faisait comme les hommes préhistoriques : silence ! On dit que c’est ainsi que la société paléolithique était organisée : aux femmes le soin du foyer, des enfants et de tisser le lien social par la parole, aux hommes le silence de la chasse… et les poils sur le dos. Pour moi, qui ai 9 ans de moins que lui, cet homme-là a toujours été une sorte de mystère, silencieux comme le père, facétieux quand il a été plus grand (rappelez-vous comment fonctionnaient les essuie-glace de sa deux-chevaux quand il pleuvait !), engagé non-violent, objecteur de conscience, homme de convictions, pédagogue mais il est de ceux qu’on ne devine pas, dont on ne ressent pas les émotions qui l’habitent. En vieillissant, il s’est dévoilé un peu, partageant petit à petit son savoir, ses centres d’intérêt et sa tendresse.

Dans sa jeunesse, il dormait énormément : 12 h 14 h de sommeil ne lui faisaient pas peur ! C’était peut-être à cause d’une malformation cardiaque qu’il avait depuis la naissance et dont personne ne s’était aperçu. Las, vers 22 ans, il a été opéré à coeur ouvert. Je me souviens de l’émotion et de l’angoisse qui ne m’ont pas quittées jusqu’à ce que je sache que l’opération était terminée, et qu’il allait bien ! Quand il est rentré à la maison à Candé, il n’avait plus de voix. Un comble pour un homme silencieux ! Au fil du temps, sa voix est revenue, et sa longue cicatrice s’est refermée. Cela m’a beaucoup impressionnée, cette grande cicatrice.

Avec Claudie qui l’accompagne (ou qu’il accompagne) depuis toutes ces années, ils forment un couple dont la longévité fait un peu envie. Ils ont fait deux grands garçons qui en font d’autres en suivant. Toute cette famille l’a fait un peu sortir de sa coquille. Mais, quand même, sur les photos, je trouve qu’il est souvent accompagné…soit d’un appareil photos, soit d’une bouteille ou d’un verre.

Cher Jean, du silencieux mystère que tu as été longtemps pour moi, tu es devenu véritablement un de mes frères, acceptant la main tendue quand elle t’a été présentée et devenu d’une bienveillance débonnaire et discrètement attentif. Que cette journée te soit bonne et ensoleillée, non seulement par le beau temps, mais aussi par l’affection des tiens, grands et petits, comme par l’affection de la famille élargie qu’est notre grande fratrie.

Bien affectueusement,

Minelle

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3 réponses à Gros Bi

  1. francois dit :

    Si mes souvenirs sont bons, « Gros bi » était plutôt pronconcé « Gros bille », avec l’accent du terroir. Je pense que c’était parce qu’il avait les joues rondes, donc une bonne bouille, une bonne bille…

  2. mariejo dit :

    C’est marrant que mes souvenirs de Jean-Marie commencent à son entrée dans l’âge adulte. Il était le hippie de la famille et c’est pour lui que j’ai fait ma première traduction d’un article sur Joan Baez. C’est chez lui que j’ai entendu la 1re fois Money (The dark side of the moon) de Pink Floyd sur sa chaîne en quadriphonie. Et puis il venait dormir dans ma petite piaule à Paris. Il ne parlait guère, mais il a été là pour me soutenir après mon avortement. Éliane, qu’il m’a présentée à l’époque est restée mon amie. Il était aussi au rendez-vous pour aller nous occuper de Pascale à Banyuls. Une présence toujours très discrète, le premier qui parla de non-violence. J’enregistrai le message, merci encore mon frère.

  3. Minelle dit :

    comme les langues se délient hein ? qui aurait imaginé qu’un jour l’un d’entre nous remercierait un autre pour ce qu’il a été dans nos vies ? La re-connaissance, on peut bien l’écrire avec un trait d’union, si on veut… Je suis heureuse d’avoir lu ça !

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